mercredi 11 avril 2012

Octogénèse

Vue depuis le Col de Larone la voie suit le profil des Teghie Lisce.
Un petit tour à Bavella, en Corse, m'a permis d'enchaîner "Octogénèse", la voie ouverte par Arnaud aux Teghie Lisce dans sa jeunesse, en 1991. Une pure grande voie de dalle qu'il avait réalisée en libre en 97 et qui n'avait pas été refaite depuis.

 Lever de soleil magique sur les Teghie Lisce et la Punta u Corbu avec le mur de Delicatessen
Le style d'Octogénèse, exclusif en dalle, est très différent de celui de Delicatessen, plus physique. Ses 300 m de grimpe en font déjà une épreuve et toutes les longueurs sont très belles et exigeantes.
Cela faisait quelque temps déjà que je ne m'étais pas fait autant plaisir et mal aux pieds ! Le premier jour, j'ai calé les deux longueurs dures du bas et après une bonne journée de repos à éternuer sous les Eucalyptus de la plage de Solenzara (Printemps je te hais Printemps je t'adore...), je me suis dit que je pouvais essayer d'enchaîner la voie sans connaître la suite.


Grâce à notre séjour à la Pedriza et bien que j'aie peu grimpé le mois précédent, j'étais confiante sur mes pieds et ultra motivée. En 40 minutes d'approche sur un joli sentier raide qui serpente entre les pins et les arbousiers, nous voilà au pied de la face. Il fait déjà chaud et pas un brin d'air, ce qui rend le granit plus glissant que le jour du travail. Après le petit bijoux en 6b, j'enchaîne du premier coup le 8a+, en tremblant du début à la fin. Quelle superbe longueur, une poussée de pied aléatoire et un petit jeté final viennent pimenter le tout !
Avant d'attaquer le crux de la 2ème longueur
Arnaud me rejoint et je pars illico dans le 8a. L'avantage avec la dalle, c'est que ça use juste le mental et les chaussons. Un peu trop confiante, je glisse dans le crux, retour au relais donc. Et je repars aussi sec accompagnée cette fois d'une petite pression sournoise... qui s'évanouit comme par miracle au sommet de la longueur ! Suivent des longueurs plus faciles avec un 7a puis un 7b. Enfin faciles, pas tout à fait en fait, ces longues et magnifiques envolées en plein soleil, sans trace et sur un granit légèrement croustillant faute de passage... un régal et trop heureuse de ne pas être tombée!


Arnaud me propose de me mettre les dégaines et de brosser les prises de la 8ème longueur, un 7c+ assez bloc, qu'il enchaîne en tremblant ce qui n'est pas sans m'inquiéter un peu. Fichtre, il n'a pas l'air commode ce pas d'épaule. Il redescend et me voilà partie à mon tour avec les méthodes en poche. Le crux consiste à se redresser sur un petit pied droit très haut et à claquer des inversées au-dessus. Les mollets fatigués, j'arrive de moins en moins à pousser sur mon pied, je sens venir une crampe et alors que je m'apprête à tomber, je continue à pousser dessus, bien décidée à ne rien lâcher. Me voilà claquant à droite et à gauche, remontant le pied gauche au taquet, claquant toujours à l'aveugle, mes pouces tendus sous un petit toit me retiennent et ça passe. J'arrive au relais tout sourire en criant à Arnaud: "Incroyable ! C'est pas permis d'avoir autant de chance !" Enfin, le tour n'est pas tout à fait joué et le long 7a+ soleil rasant qui suit me réserve encore un joli combat en dépit de mes lunettes qui voient maintenant tout en rose. Et c'est à genoux, presque avec les dents que je sors au sommet des Teghie Lisce. Un sommet de rêve, creusé de jolis cratères, la mer et les aiguilles à perte de vue... Une journée et une belle bavante de plus dont je me souviendrai longtemps ! J'ai remercié Arnaud et mes vingt années de grimpe qui m'ont bien aidée ! J'avais pris deux paires de chaussons différentes, des Katana et des Mirua, ce qui s'est avéré une excellente idée. Les chaussons se déforment très vite et lorsqu'on a mal aux pieds, on change de modèle. La douleur ne disparaît pas bien sûr mais se déplace... Bon, Adam Ondra aurait fait la même chose en babouches mais les mamies comme moi ont plus d'une pelote dans leur cabas !


Le jour suivant, pour fêter ma réussite, nous voilà partis pour rééquiper la voie sous la pluie (et bientôt la nuit !) car les gougeons n'étaient plus très solides. Nous avons remplacé les relais et quelques points clés. Arnaud m'étonnera toujours. Lorsqu'il s'agit de petits bricolages à la maison, le plus souvent il rechigne mais quelle énergie il déploie sur le caillou avec ses spits ! Un marteau et une perceuse en main, le voilà de retour 30 ans en arrière lorsqu'il posait à 11 ans, avec le sérieux de l'enfance, (au tamponnoir bien sûr) ses premiers spits au col de Tamier au-dessus d'Albertville. J'ai trouvé la tâche nettement moins gratifiante mais cela en motivera certainement d'autres à venir user leurs semelles au paradis...

La rivière Solenzara et le aiguilles de Bavella

Les photos collector de Sam Bié pour Roc n'Wall  
en 1997 avec Arnaud et Jean Marc Chenevier !

Bonne chance à nos amis de La Pedriza, Aitor, Edu et Unaï qui sont en ce moment en train d'essayer Octogénèse et déjà un grand merci à eux pour leur participation au rééquipement partiel de la voie !


Infos pratiques : pour la voie, il y a 12 points max par longueur, des cordes de 60 m sont plus pratiques pour les rappels (6 au lieu de 7). Prendre une sangle de 120 cm pour une lunule de L1.
L'approche : 40 min. Le chemin le plus commode démarre juste à droite du pont du Polischellu en pleine forêt. Prendre toujours tout droit jusqu'à buter sur un mur vertical de 10 m après 15 min, ici on passe un bloc à gauche (arbre élastique pour s'aider) et on fait un petit détour vers la gauche avant de reprendre la direction de la paroi.




Un vénérable chêne liège rencontré du côté de Filitosa