lundi 17 septembre 2012

Turquie, grandes voies et falaise dans l'Aladaglar


Nous revenons d'un beau séjour dans les montagnes de l'Aladaglar, appartenant à la chaîne du Taurus et situées non loin de la Cappadoce, entre les grandes villes d'Adana et Kayseri. Quel endroit merveilleux ! Un immense massif calcaire, creusé de profonds canyons où vivent tranquillement chocards, pigeons et chamois.
Les lieux ont un air de Taghia, même si les gorges y sont moins austères mais plus encore de Dolomites. Grandes voies, marches dans le massif ou couennes dans le canyon de Kazikli, les possibilités et les découvertes semblent infinies. Nuits fraîches et journées perpétuellement ensoleillées, le climat désertique est très propice à la grimpe et septembre semble la période idéale, bien que les locaux s'y retrouvent plutôt l'été pour grimper dans le canyon de Kazikli lors des grandes vacances.

Demirkazik au couchant qui culmine à 3756 mètres
L'Aladaglar - montagnes rouges en Turc - doit son nom à l'embrasement qui le colore chaque soir au coucher du soleil. Un spectacle sublime que l'on contemple depuis Camardi (le ç se prononce ch) ou Cukurbag, le village le plus proche de l'Aladaglar Campingtenu par Reçep et Zeynep. Ce couple de grimpeurs d'Istanbul tombés amoureux du lieu il y a quelques années a activement participé au développement du site avec Mümin Karabas, Suleyman Vardal et Dogan Palut ainsi que Rolando Larcher et Maurizio Oviglia. Maurizio terminait un séjour de grimpe en famille lorsque nous sommes arrivés.
A Camardi, on trouve quelques cafés et restaurants, deux ou trois pâtisseries croulant sous les baklavas et autres délicieuses friandises qui glissent dans le gosier avec une facilité déconcertante, de bonnes brioches fourrées aux olives, à la féta ou au tahin et surtout de nombreuses petites épiceries merveilleusement achalandées en fruits et légumes. Hum, les beaux étals de figues, poires, raisins, tomates, aubergines, poivrons et piments variés !

La petite ville de Camardi et son joli marché du vendredi

Cose Turche sur Kizilin Basi 

Nous avons commencé par grimper à Kizilin Basi, la belle face orangée de 250 mètres qui domine le canyon de Kazikli (première image ci-dessous). On y accède par une piste qui part du petit village d'Elekoglu. Une bonne heure de marche au moins pour une très belle approche depuis un camp de bergers à travers un forêt de pins et de genévriers, suivie d'un long pierrier.


Nous voulions essayer Cose Turche, une nouvelle voie équipée par Matteo Bernasconi et Davide Spini sur le mur de gauche. Une ligne ambitieuse et magnifique dans ce mur essentiellement constitué de ventres ronds et lisses.


L'escalade y est vraiment physique à base de verrous et de fissures, pieds à plat ou sur des écailles fragiles. Arnaud a bien défriché les méthodes et fait un bel essai dans la longueur dure. Il y est retourné avec Jörg Andreas, un super grimpeur de Dresden mais la voie reste à libérer et il restera sans doute aussi un point d'aide au départ de la deuxième longueur dure.



Kazikli Canyon, le Margalef turc !

Lorsqu'on roule sur la piste qui permet d'accéder à la vallée de l'Emli, on ne se doute pas que dans un tournant, au milieu de ce paysage de Far West, le chemin va déboucher sur une large entaille à la base du massif. Un canyon sauvage de falaises ocres qui offre une escalade variée et pour tous les niveaux sur un solide conglomérat.


Nous avons passé de belles journées à grimper en compagnie des grimpeurs turcs ainsi que de Jörg et Hanka qui ont profité d'un long séjour pour ouvrir de nouvelles voies dans le canyon et de nos amis américains, Brittany et Johnathan. Kazikli, c'est un paradis estival pour les grimpeurs turcs. Ils viennent d'Adana comme notre ami Mümin ou d'Istanbul, comme Ugür, entraîneur de l'équipe nationale et sa compagne Evren, l'une des meilleures grimpeuse turques. L'hiver, c'est vers Antalya et sur les colonnettes de Geyikbayri qu'ils se retrouvent.


Kazikli est un lieu vraiment magique, idéal pour s'offrir une belle journée de couennes ou juste de repos entre deux gandes voies lorsqu'il fait trop chaud pour rester au camping. Le canyon est à 3 km de l'Aladaglar Camping, sur la piste qui mène dans la vallée de l'Emli; on prend une piste sur le plateau à droite indiquée par un cairn, 1 km après un pont.

La vallée d'Emli et la tour de Parmakkaya

La piste principale se poursuit vers les montagnes sur 7 km environ. On s'engage dans une jolie vallée. Les grottes de conglomérat où s'abritent brebis et bergers depuis l'aube des temps laissent la place aux grandes parois de calcaires. Au bout d'une bonne demi-heure de marche après le parking, on aperçoit la magnifique paroi de Guvercinlik (première image). Nous n'avons pas eu l'occasion d'y grimper mais on y trouve deux voies splendides et engagées dans le 7b/7b+ max. Celle ouverte par Philippe Mussatto en 2008, Le triangle d'été et Come to Dervich, la voie plus "classique" de Rolando Larcher et Maurizio Oviglia.
Dans le vallon de droite, qu'il faut remonter plus d'une heure encore, s'élance la jolie flèche de Parmakkaya.


Nous avons gravi Orient, une très belle voie d'Helmut Gargitter, accessible dans le niveau 7a/7b. Contrairement à ce qui est écrit dans le topo, les coinceurs ne sont pas utiles. Si l'on est limite, se méfier toutefois de la dernière longueur car la voie rejoint Mezza Luna Nascente, le chef d'oeuvre engagé de Rolando Larcher, Maurizio Oviglia et Michele Paissan. Une dernière longueur en 7b exigeant et à doigts, avec chute sur la vire, ce qui est dommage car le rocher est vraiment merveilleux. Nous avons fait les rappels dans Mezza Luna qui présente à mon avis le meilleur caillou de tout le massif. Des trous, des plats, des tafonis. j'en bavais en descendant mais il faut savoir en garder pour une prochaine fois!



Red Moon and Star

Vers la fin du séjour, nous voilà repartis vers Kizilin Basi pour essayer Red Moon and Star, ouverte à l'automne 2010 par Rolando Larcher et Luca Giupponi. La voie se situe sur la partie droite de la face. Le rocher orange et l'élan de la paroi laissent rêveur.


En réalité, c'est un gros morceau psychologique. Le premier 7b de 50 m en dalle moussue met tout de suite dans l'ambiance : on a déjà mal aux pieds, aux avant-bras et au moral et il reste 8 longueurs au-dessus. Le rocher s'avère rapidement épouvantable et l'équipement parfait dans le genre "stress à tous les relais"! Rocher fragile et risque de s'écraser sur une vire ont rarement constitué un cocktail plaisant. On dirait qu'il manque chaque fois le premier point de la longueur ! Pourtant quelques envolées d'anthologie, en particulier la dernière et les trois longueurs déversantes du milieu, font de Red, Moon and Star une voie que l'on n'oubliera pas. Super motivé et bien dans ses chaussons ce jour-là, Arnaud a réussi toute la voie à vue !
Bravo à Rolando et Luca qui ont dû se mettre de beaux taquets en tirant la perceuse suspendus à leurs crochets sur des gouttes d'eau pourries...




Reste que l'ambiance était géniale. Les collines ondulant à perte de vue sur le plateau d'Anatolie, le chant du muezzin de Camardi qui nous parvenait par bribes et le crépuscule naissant lors de la descente en rappel...


Journées de repos en Cappadoce

L'Aladaglar est à deux heures seulement de la Cappadoce. Le paysage est pétri d'histoire et la moindre falaise, creusée de pigeonniers, d'anciennes chapelles ou d'émouvantes habitations. A côté de Nigde, à moins d'une heure de Camardi, on peut visiter le très beau monastère de Gümüsler. Pour s'y rendre, la route la plus belle est sans nulle doute celle qui passe par les collines et le beau village d'Uçkapali et ses jolis blocs de rocher volcanique.


Nous avons beaucoup aimé le village de Güzelyürt, la paisible vallée d'Ilhara et celle de Soganli. La vraie Cappadoce de carte postale, celle de Göreme semble moins authentique mais les villages troglodytes sont incroyables et on fait de belles découvertes lorsqu'on prend la peine de marcher et de s'éloigner des parkings à bus.


De retour à Adana et avant de repartir pour une courte escale à Istanbul, Mümin nous a fait découvrir sa "Loukoumerie" préférée ! Je ne savais pas qu'un loukoum "frais" pouvait exister.... fabuleux!


Un grand merci à tous les amis croisés là-bas pour les bons moments passés ensemble. De belles rencontres dont nous nous souviendrons. Voyager, c'est s'attacher puis s'arracher pour reprendre les mots de Nicolas Bouvier dans L'Usage du monde.
Et une dernière pensée pour les adorables chatons du camping qui nous ont tenu compagnie!



7 commentaires:

  1. Ca a l"air bien sympa comme destination. Les photos de la vallée d'Emli, sont vraiment super belles. Elle donne une idée du coté grandiose et sauvage de l'endroit. Merci pour ce moment d'évasion et de grand air, à la sortie pour moi, d'une semaine dans la pénombre de Bercy ;-)
    La bise et à bientôt
    Fred

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  2. Très bel article qui a ravivé d'heureux souvenirs glanés dans les Aladaglar à l'époque où je vivais en Turquie. Bravo aussi pour les répétitions pimentées.
    Petite précision sémantique: "Ala" signifie "beau"et non "rouge", qui se dit "kırmızı"(prononcer "keurmeuzeu").
    Merci.Alex.

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    1. Merci Alex !
      Pour ce qui est de la signification d'"Ala", j'ai seulement écrit en raccourci ce que les copains turcs m'ont dit:"Ala" serait un adjectif plus guère usité qui signifierait "cramoisi". je viens de voir sur un article wiki allemand le terme "bunt" qui signifie lui "de couleur variée"... peut-être que le mot a plusieurs significations ? Belles montagnes, c'est parfait aussi !

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    2. Après de plus amples recherches, il semblerait que l'adjectif "al" désigne "having any of numerous bright or strong colors reminiscent of the color of blood or cherries or tomatoes or rubies". "Ala" quant à lui signifie bien "beau".
      Il se peut que "al" soit devenu "ala" dans "Aladaglar" par un phénomène dit d'anaptyxe. Désolé pour les gros mots. C'est un phénomène courant en Truc, mais surtout pour les mots d'importation dont les Turcs raffolent. Dans le cas d'"Aladaglar" le mystère reste entier.
      Belles montagnes ou montagnes vermillion, dans tous les cas, elles portent bien leur nom !

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  3. Salut Stephanie et Arnaud. Suis Philippe le grimpeur Francais qui vit en Espagne a cote de Vitoria Gasteiz. Mon ami Jose a cree sa propre marque de vetement escalade " RECSTONES" avec peu de moyen mais il est courageux et ne desespere pas car la situation economique en Espagne est desastreuse. J´aimerais que des grimpeurs Francais s´interressent et connaissent ce phenomene qui essaye de trouver une solution face a la difficulte. Un coup de pousse de votre part serait vraiment super soit en entrant dans sa web"jos bolumburu" ou "www.recstones.com" ou vous pourrez voir ses creations et laisser aussi des photos de grimpe de vous,voies ou blocs avec des commentaires. Il debute mais il veut reussir. Aidez le SVP avec vos amis grimpeurs. Comme j´aimerais voir Stephanie et Arnaud portaient un tee shirt RECSTONES. Merci de participer nous sommes une famille.

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  4. un coup de "pouce" pardon.

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