mardi 30 avril 2013

Tioman Island



En ce début de printemps, nous avons la chance de vagabonder à travers les saisons. La Malaisie tout d’abord et son climat tropical que nous venons de quitter pour la Tasmanie et l’Australie où les prémices de l’hiver nous attendent.
C’est cela sans doute la poésie des hémisphères et des fuseaux horaires ! 


Revenons à Tioman Island, située à une cinquantaine de kilomètres de la côte est de la Malaisie. Une île paradisiaque avec ses bleus lagons, ses plages de sable blanc, ses cascades qui jaillissent de la montagne, ses pittoresques villages de pêcheurs, ses luxueux resorts et bien sûr, pour nous autres grimpeurs, deux belles tours de granit noir et blanc, surnommées les Dragon Horns. La légende dit qu'une princesse chinoise partie rejoindre son fiancé aurait été transformée en Dragon de Pierre, donnant sa forme à l'île.


Kampong Mukut, le village dans lequel nous avons passé ces quinze derniers jours, vit au rythme paisible de sa mosquée et d'une pêche restée traditionnelle. Casiers en bambous fabriqués sur place, vieux chalutiers bariolant l'horizon, cocotiers s'inclinant voluptueusement au-dessus d'une mer d'huile, chats siestant sous les pilotis des cabanes colorées, varans traversant avec nonchalance les bananeraies...

 


Quel dépaysement pour nous et quelle volupté, après une journée éprouvante de grimpe et de marche dans la jungle étouffante, de plonger dans une eau dont on ne voudrait jamais sortir et de découvrir le fantastique monde sous-marin quelques centimètres sous la surface !




Nous avons secoué notre paresse instinctive à l'approche des tropiques pour ouvrir « Damaï Sentosa », une jolie voie de 7 longueurs, parfaitement homogène et très sculptée dans le 6c. 

La voie suit l'éperon blanc sur la gauche de l'image, juste à droite de Batu Naga, la ligne de Cedar Wright et Lucho Riviera 

Nous avons partagé cette petite aventure avec trois autres compagnons rencontrés sur place : David Kaszlikowski, le baroudeur et photographe polonais familier de l'île et qui avait déjà ouvert une voie ici, « Polish Princess », avec sa compagne Eliza Kubarska, Da Liu Liu Yong, himalayiste du Sichuan et grand amateur de culture chinoise ancienne et Tam Khairudin Haja, un grimpeur de Kuala Lumpur qui travaille dans la guest house où nous séjournions. Passionné d'escalade, il est venu s'installer ici. Il rêve de développer la grimpe à Tioman et il est à l'origine avec Sam, le vieux malais, propriétaire du lieu, de la taille des chemins menant au pied des Dragon Horns.

Bref, une chouette équipe et une ouverture sur le rocher autant que sur le monde !


Sam m'a particulièrement touchée. Grand amoureux de la nature, ce vieux sage mène ici une retraite tranquille entre ses chats, ses poulets dont il ne mange que les oeufs et ses rares hôtes de passage, voyageurs au long cours préférant la paix à l'air conditionné et quelques grimpeurs égarés, suant gratuitement au bord de l'équateur et se demandant certains jours pourquoi... Il faut bien dire qu'ici, il fait très très chaud et que grimper va rarement de soi. Mais c'est si beau de flotter tout là haut, au-dessus de la canopée avec vue sur la mer que tout prend sens une fois dans la paroi ! Il faut parfois faire abstraction des orages et des averses assez imprévisibles et par deux fois, c'est en mode canyoning que nous avons dévalé au plus vite la face, dégoulinants d'eau et ne séchant plus tout à fait jusqu'à la fin du voyage.



Pour en revenir au vieux Sam, un matin, alors que le renard avait fait de jolis dégâts dans la cabane-cuisine, je le vis déposer une assiette de riz généreusement assaisonnée de sauce de soja et lui demandai ce qu'il comptait en faire. Il me répondit en souriant que c'était pour le renard. S'il avait faim, autant le nourrir directement. Une belle manière d'adoucir les moeurs!
Sam tente de protéger les oeufs des tortues qui reviennent après quatre décennies pondre sur la plage qui les a vu naître. Il a malheureusement fort à faire car les villageois sont très friands de ces oeufs sensés apporter virilité et longévité aux hommes, et accroître le nombre de mâles dans les familles....


Après un rapide passage dans la jungle urbaine de Singapour, nous serons ce soir à Hobart, au Sud de l'île de la Tasmanie, en Australie.

Un grand merci à David pour ses magnifiques photos !



5 commentaires:

  1. merci pour ce bel article qui vient éclairer une morne journée de travail, une petite fenêtre chaude et lumineuse qui me suivra jusqu'à ce soir. Continuez ainsi ce joli blog

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  2. Superbes images pour accompagner ce récit!
    Merci beaucoup de partager vos périples

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  3. Bonjour,
    toujours aussi beau ce blog ! au passage j'ai participé à une émission de tv française en malaisie (koh lanta) et notre camp pour le jeu se situait en face de ces deux magnifiques pitons rocheux (mais sur une autre île). j'ai donc dormis une quarantaine de jours dans le sable à me demander si l'escalade d en ces lieux été possible ..... merci pour cette réponse ;-)

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  4. Merci bien pour vos sympathiques et encourageants petits mots!

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  5. Merci pour ce chouette article et le topo. Juste une petite question: l'équipement a demeure est de quel type? J'ai lu ailleurs que les goujons des voies plus anciennes sont deja bien pourris. Enfin ca devrait encore etre bon d'ici fin aout (si je trouve un autre grimpeur motivé) :-)

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